À Bordeaux, les géants Keolis et Transdev se disputent l’énorme marché des transports

“Bordeaux, c’est la ville où la révolution urbaine est arrivée par le transport en commun. Le réseau TBM est souvent visité par des responsables de villes partout dans le monde”

Au mois de juin, Bordeaux Métropole confiera l’exploitation de son réseau à l’un de ces deux-là. Ils étaient quatre au départ, il y a un an, lorsque la collectivité à ouvert l’appel d’offres de ce qui est son plus gros marché (sous forme de concession de service public) pour une durée de neuf ans (2022-2031), à plus de 230 millions d’euros par an. Mais RATP Dev et un exploitant italien n’ont pas été plus loin que la consultation du cahier des charges.

Ne restent donc en compétition que Keolis et Transdev. Titulaire du marché depuis 2009, après avoir délogé l’historique Veolia, absorbé depuis par Transdev, Keolis veut à tout prix conserver ce marché. C’est aujourd’hui le troisième réseau de transports en commun de France après Paris et Lyon, Keolis a accompagné son formidable essor. Plus de 171 millions de voyageurs en 2019, dernière année avant l’effondrement lié au Covid, une croissance de 30 % sur les cinq dernières années hors pandémie. Un record en France.

Faible rentabilité

De son côté, Transdev veut récupérer l’ex-contrat tenu si longtemps par Veolia, du temps de Connex et de TBC. Ce n’est pas la rentabilité qui attire les deux géants, elle est très faible dans les transports en commun. 2 à 3 % maximum, quand les délégations de service public sur les marchés de l’eau, par exemple, assurent aux opérateurs privés une rentabilité de 15 %.

« Ce qui les intéresse, c’est que le réseau de Bordeaux est une vitrine. Le contrôler peut permettre d’en gagner d’autres en France où ailleurs. Bordeaux, c’est la ville où la révolution urbaine est arrivée par le transport en commun. Le réseau TBM est souvent visité par des responsables de villes partout dans le monde », affirme un élu qui préfère garder l’anonymat, car la procédure d’appel d’offres est en cours.

Toute la question est de savoir si la Métropole joue la continuité avec Keolis ou mise sur le changement, via Transdev. Dans son rapport sur l’état du réseau présenté aux élus en 2019, la collectivité ne cache pas une forme de déception. Elle a lourdement investi dans les transports en commun depuis le début des années 2000, mais le résultat est décevant. Ils ne représentent que 11,6 % de part modale dans les déplacements, soit 1,5 point de mieux que dix ans plus tôt.

Explosion des coûts

Pour autant, cela doit-il conduire à sanctionner Keolis ? Un autre opérateur aurait-il fait mieux ? Le choix se jouera plutôt sur la capacité du candidat à répondre aux multiples défis du nouveau contrat. Il doit tout d’abord s’adapter au nouveau schéma des mobilités adopté par la Métropole en novembre 2021, qui acte la fin des grands projets de lignes structurantes (de type tramway). L’opérateur devra ensuite avoir les reins assez solides pour encaisser l’envolée des coûts d’entretien. La maintenance du réseau est évaluée à 58 millions d’euros par an dans le contrat actuel – demain, ce sera 120 millions. Explication : lancé en 2003, le réseau de tram arrive à mi-vie, d’où un énorme programme de remise à niveau. Certaines portions de rails sont à remplacer, mais surtout se profilent les opérations de « grand levage » : une révision complète (avec démontage) des rames les plus anciennes.

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Autre impératif : articuler le réseau TBM avec le futur RER métropolitain, nouvel horizon des transports en commun. Selon certains observateurs, la présence de Jean-Pierre Farandou, Bordelais d’origine, ex-patron de Keolis devenu président de la SNCF, serait une prime au sortant. C’est oublier que Transdev aussi connaît le train : il vient de remporter l’appel d’offres pour l’exploitation du TER Marseille-Nice, à compter de 2025. « C’est une très grosse bataille, en fait tous les deux sont capables d’exploiter le réseau TBM”, dit un autre élu. “Keolis est sans doute plus fort sur la technique, Transdev sur le service client. » Choix final en juin prochain.