À Bordeaux, le grutier-photographe domine les grands chantiers de la métropole

Depuis la cabine, la vue sur le chantier du Belvédère au débouché du pont Saint-Jean, sur la rive droite de Bordeaux.

Depuis la cabine, la vue sur le chantier du Belvédère au débouché du pont Saint-Jean, sur la rive droite de Bordeaux.

Gaël Ravalleau

« Je fréquente le secteur du bâtiment depuis longtemps », explique l’homme de 36 ans né à Moissac (82) qui a grandi près d’Avignon avant de commencer à travailler à 15 ans dans la maçonnerie. Cela ne l’empêche pas de passer une année à Londres à 20 ans, entre call-centers et cuisines de restos avant de revenir en France, entre Alès et l’île de Ré. « J’aime bouger », dit-il. Sur un chantier dans le sud-est où il est chef-manoeuvre, Gaël monte pour la première fois sur « une 45 mètres ». Et bizarrement donc, il aime beaucoup.

Une grue de 60 mètres pour commencer

Le financement de la formation (entre 5 000 et 7 000 euros) repoussera celle-ci de dix ans, effectuée en région parisienne. « Je suis sorti un vendredi, le vendredi suivant je bossais », se souvient-il. Ce sera sur le chantier d’un hôtel près de la gare, dans le quartier Amédée-Saint-Germain à la densité d’aménagement controversée. « Une grue de 60 mètres pour commencer, sourit-il. Mais des opérations simples avec seulement deux plaquistes et deux électriciens en bas. »

L’interférence des grues de chantiers simultanés, sur le secteur Amédée Saint-Germain.

L’interférence des grues de chantiers simultanés, sur le secteur Amédée Saint-Germain.

Gaël Ravalleau

Ce sera ensuite un premier survol du Belvédère, autre chantier Euratlantique au débouché rive droite du pont Saint-Jean puis retour près de Saint-Jean pour quelques semaines. Le mois passé à Bègles sur un centre de treillis (1) le familiarise avec la manutention sur un pôle de logistique. Puis c’est la découverte du quartier Brazza à l’hiver 2021-2022 sur le chantier immobilier mené par Kaufman et Broad. Gaël, lui, ne parle logiquement pas en termes de promoteurs mais de constructeurs gros-oeuvre, locaux comme Sogedda ou Daudigeos, ou plus ventrus comme Bouygues ou Legendre.

Attention permanente

Le brouillard se nichant sur la Garonne au début de l’année 2022, pris depuis une grue du quartier Brazza.

Le brouillard se nichant sur la Garonne au début de l’année 2022, pris depuis une grue du quartier Brazza.

Gaël Ravalleau

Le grutier arrive de Dordogne chaque jour en train : « Une heure de trajet mais des chantiers plus intéressants sur Bordeaux, justifie-t-il. Je suis souvent sur site une heure avant l’embauche pour vérifier le matériel. » Il monte gamelle chauffante et machine à café sous le bras pour une journée d’homme-clé : des banches de béton pesant huit tonnes chacune à déposer avec précision, prenant garde à chaque seconde aux ouvriers s’affairant 60 mètres plus bas. « Certains me font faire des dingueries, l’attention doit être permanente. »

Plusieurs grues en interférence, gestion de chantier au sol, travail de nuit ou par temps de brouillard, communication essentielle avec les collègues où le talkie-walkie restera toujours plus efficace que le mouvement des bras : les paramètres évoluent chaque jour ou presque. « On joue avec la vie des gens en dessous, souligne encore Gaël. Alors il faut une hygiène de vie impeccable pour être au top chaque jour. »

Quelques secondes pour les photos

Entre deux manœuvres, les minutes sont comptées mais difficile pour le passionné de photo de ne pas capturer les panoramas impressionnants dont il ne se lasse toujours pas. « J’ai un appareil de qualité depuis peu, ou j’utilise le téléphone, parfois aussi efficace », précise-t-il. La Garonne tapissée de brouillard, les ciels incroyables de début ou fin de journée, les lignes tracées par les bâtiments naissants : Gaël constitue depuis un an et avec modestie un fonds documentaire épatant dont la flèche de sa grue du moment est le personnage de premier plan.

Vue imprenable sur la Garonne depuis le quai des Queyries et la ZAC Bastide-Niel en mars 2022.

Vue imprenable sur la Garonne depuis le quai des Queyries et la ZAC Bastide-Niel en mars 2022.

Gaël Ravalleau

« J’ai aimé la photo au fil de mes voyages mais aussi de mes balades quand j’étais sur l’île de Ré, raconte le grutier-photographe. Je me tourne plus vers les paysages, les plans avec un peu d’abstraction. » Il pourrait se servir des fabuleux arrière-plans dont il dispose pour se tirer le portrait et se faire mousser. Et non : il déteste les selfies.

La Garonne au sud de Bordeaux et l’estacade du pont Veil depuis une grue du chantier Belvédère à la fin de l’été 2021.

La Garonne au sud de Bordeaux et l’estacade du pont Veil depuis une grue du chantier Belvédère à la fin de l’été 2021.

Gaël Ravalleau

Après mars et avril quai de Queyries sur un chantier Ramery de la ZAC Bastide-Niel, le voilà depuis mai et toujours en intérim («la formule me va bien »), revenu rive gauche devant le pont Chaban, quai de Bacalan. En haut d’une grue de 50 m, il pilote les premières opérations du chantier de l’école privée Noschool. Un site de 10 mètres de large et 47 mètres de long avec une flèche de 50 mètres : un nouveau cadre (et cadrage) encore.