À Bergerac, « ils ont traversé la moitié du globe pour aller à l’école »

Jamil aussi est menacé par des proches au Bangladesh. Il a été envoyé par sa mère en Europe pour échapper à la famille de son père décédé. « Ils n’ont jamais accepté que mes parents se marient par amour, et maintenant ils s’en prennent à ma mère et à moi pour récupérer nos biens, dit-il. Ici, je me sens en sécurité. »

L’exposition, réalisée par les jeunes du dispositif FSE, sera visible à la médiathèque pendant un mois.

L’exposition, réalisée par les jeunes du dispositif FSE, sera visible à la médiathèque pendant un mois.

T. J.

Abdelkader, 16 ans, arrive, lui, d’un petit village du sud de la Tunisie. Il raconte avoir traversé la Méditerranée sur un bateau de fortune, avant d’échouer sur l’île de Lampedusa. Il est arrivé en France via la Sicile et l’Italie et vit aujourd’hui en famille d’accueil. S’il est parti, avance-t-il, c’est parce qu’« il n’y a rien là-bas, la vie est difficile, très difficile. On ne peut rien faire ».

« Envie d’apprendre »

Mineurs étrangers non accompagnés, demandeurs d’asile, réfugiés… Ils sont une quinzaine de jeunes migrants allophones (1) à être accueillis avec le dispositif FSE (Fonds social européen), implanté depuis trois ans au sein du lycée Maine-de-Biran, à Bergerac (Dordogne).

« Ils ont tous intégré une formation professionnelle »

L’objectif : leur permettre d’acquérir la langue française mais aussi des enseignements qui leur ont fait défaut dans leur pays (géographie, mathématiques, anglais…), avant d’intégrer un parcours de formation professionnelle. « C’est un public qui a envie d’apprendre. Ils ont traversé la moitié du globe pour avoir une chance d’aller à l’école », précise Nicolas Ducher, coordonnateur du dispositif.

Pour préserver ces jeunes en situation précaire, il a été demandé de ne pas dévoiler leur visage en entier.

Pour préserver ces jeunes en situation précaire, il a été demandé de ne pas dévoiler leur visage en entier.

T. J.

« Normalement, on estime qu’il faut 1 000 heures à un adulte pour apprendre une langue à l’oral et à l’écrit, poursuit-il. Eux ont seulement 400 heures et certains, malgré tout, sortent d’ici en ayant appris les bases et tous ont intégré une formation professionnelle. Il y en a qui reviennent me voir pour me dire qu’ils ont décroché un diplôme ou trouvé un emploi. »

« Pression énorme »

Abdelkader voudrait intégrer une formation de plaquiste au lycée de Libourne (Gironde). Jamil rêve de devenir ingénieur informatique mais, réaliste, il va d’abord intégrer un CAP commerce avant de poursuivre ses études. Quant à Hasibul, il est intéressé par le métier de coiffeur ou l’aide à la personne.

« En plus d’un parcours migratoire parfois traumatique, ils ont une pression énorme sur les épaules. Ils ont envie d’aller à l’école pour apprendre, mais ils doivent aussi sécuriser leur présence sur le territoire en intégrant un parcours de formation ou en trouvant un travail, et puis ils doivent parfois soutenir la famille au pays. »

Pour lever un coin de voile sur la réalité de ces jeunes et leur faire découvrir la médiathèque, le FSE a organisé un atelier « Bookfaces », dont les clichés sont exposés pendant un mois à la médiathèque bergeracoise.